Le coup d’envoi des États généraux de l’enseignement supérieur (ÉGES) aura lieu le 18 mai 2017 à l’Université Laval, à Québec. L’objectif visé par cet événement consistera, notamment, à définir différentes stratégies communes pour identifier des éléments de convergence et tenter de dégager une vision commune de l’enseignement supérieur émancipateur, de qualité et gratuit et en faire une priorité politique d’ici les prochaines élections provinciales. Il s’agit d’un événement unique, voire historique. Jamais, dans l’histoire récente du Québec, n’a-t-on vu une telle convergence de l’ensemble des acteurs de l’éducation supérieure pour l’organisation d’une telle rencontre citoyenne, non partisane, libre, ouverte et gratuite.

Il serait facile, voire plus simple, de baisser les bras et d’abandonner face à la montée du fondamentalisme managérial, plutôt que de combattre cette tendance qui s’incruste de plus en plus profondément dans tous les secteurs de l’éducation. De moins en moins collégiale et de plus en plus néolibérale, la gouvernance de l’enseignement supérieur tend maintenant plutôt vers le profit, l’efficience, la performance et la compétition que vers la création et la diffusion d’un savoir libre, démocratique et gratuit.

L’éducation « humaniste », celle qui vise, entre autres, à faciliter l’intégration citoyenne, le développement de soi et le progrès social, est en perte de vitesse un peu partout dans le monde. Elle est progressivement remplacée par une éducation toute proche des besoins des entreprises. Bien qu’elle puisse avoir sa place en principe, cette « adéquation formation-emploi » ne fait que répondre aux pressions des entrepreneurs et du privé, aux dépens des besoins de la société. Comment s’opposer, ralentir voire renverser ce mouvement ?

La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) a déjà fait obstacle à plusieurs assauts contre l’enseignement supérieur, comme les projets de loi sur la gouvernance ou l’instauration de l’assurance qualité. Elle a soutenu les missions humanistes d’enseignement, de recherche et de création spécifiques à l’enseignement supérieur ainsi que la nécessité de préserver la liberté académique et l’autonomie professionnelle du personnel enseignant. Elle a toujours milité en faveur de l’amélioration des conditions de travail, et a fermement soutenu les chargées et chargés de cours, et les autres catégories de personnel dont la contractualisation est maintenant devenue la norme. Mais la tendance managériale en enseignement est dominante et nos institutions sont mises à mal.

 

Depuis plusieurs années, la FNEEQ souhaitait la tenue d’État généraux de l’enseignement supérieur pour faire le point sur la condition de nos institutions collégiales et universitaires, et proposer de nouvelles perspectives pour que l’éducation supérieure retrouve une place prioritaire dans la construction d’une société juste et prospère. On rappelle qu’en 2012-2013, le gouvernement du Québec avait organisé un Sommet de l’enseignement supérieur et que la FNEEQ, à l’instar d’autres acteurs en enseignement supérieur, y avait participé, malgré les risques d’instrumentalisation par une entreprise de légitimation politique du Parti québécois, sans grandes avancées pour l’éducation supérieure. Nous avions alors l’espoir de nous faire entendre, notamment sur l’instauration d’une structure de gestion participative des universités, sur la gratuité scolaire et sur l’offre des programmes dans le réseau collégial. Quelques mois plus tard, dans la cadre d’une instance fédérale, considérant que le Sommet était loin d’avoir apporté les avancées espérées, la FNEEQ recevait le mandat d’organiser des États généraux de l’enseignement supérieur, le tout avec le plus grand nombre possible de partenaires des secteurs universitaires et collégiaux. Le grand défi était de créer une vaste coalition. Grâce à plusieurs activités, toutes axées sur les divers secteurs de l’enseignement supérieur, la coalition a pris forme. Notre premier véritable test a été l’organisation de l’Espace éducation dans le cadre du Forum social mondial de Montréal en août 2016. Lors du bilan, très positif, de ce travail collectif, nous avons présenté notre projet d’États généraux aux partenaires de l’enseignement supérieur. Les discussions ont été longues et les intérêts des différents partenaires étaient diversifiés, mais pas incompatibles. Ces derniers ont rapidement reconnu l’importance de se porter ensemble à la défense de l’enseignement supérieur. Le projet a ainsi pris forme.

Les ÉGES sont organisés par des syndicats d’enseignantes et d’enseignants, de personnel de soutien, de professionnels, d’associations étudiantes, de groupes communautaires ainsi que d’organisations intéressées à l’enseignement supérieur. Les objectifs qui font consensus sont les suivants :

  • Créer un espace de débat et de réflexion autour des enjeux en enseignement supérieur;
  • Se servir de cet événement pour remettre à l’ordre du jour certains enjeux, tels que : la gratuité scolaire, l’aide financière aux étudiants-es, la marchandisation, l’assurance qualité, le financement (mal-financement, sous-financement, définancement), la gouvernance, l’éducation populaire et la formation continue, l’accessibilité, la recherche, la tâche enseignante, etc.;
  • Créer ou renforcer les liens avec d’autres organisations qui œuvrent en éducation pour partager nos analyses et unir nos actions et faire de l’éducation une priorité nationale;
  • Débattre des solutions qui correspondent à notre vision de l’enseignement supérieur et des conditions nécessaires à sa réalisation;
  • Prévoir un plan d’action et mobiliser la société québécoise pour faire pression sur les pouvoirs politiques pour aller dans ce sens.

Puisque des élections provinciales auront lieu en octobre 2018, les organisations souhaitent utiliser ce premier rendez-vous comme levier politique mais au-delà du calendrier électoral, cette démarche donne d’emblée à la communauté de l’enseignement supérieur une voix nouvelle. Il reste à espérer que ce grand rassemblement permettra de raffermir les points de convergence et d’identifier des objectifs et des stratégies communes afin de devenir une force incontournable. Car s’il est vrai que l’éducation est menacée, il est tout aussi vrai qu’une opposition concertée a plus de chance de réussir à l’orienter dans le sens que nous souhaitons. Nous sommes toujours plus forts unis que divisés. Vous trouverez la programmation détaillée en ligne et pourrez vous inscrire  ici : http://eges.quebec.

On se donne rendez-vous aux ÉGES à Québec! Bienvenue à toutes et à tous ![1]

Le comité école et société

On peut contacter le comité école et société par courriel à l’adresse : cesfneeq@csn.qc.ca

[1] Ce texte reprend certains éléments exposés dans une version précédente publiée ici : https://www.unite4education.org/fr/