
Par Benoît Lacoursière, président de la FNEEQ–CSN
Un drame se joue actuellement au cœur de Montréal, là où la communication dans la langue française doit être une priorité, selon le consensus largement répandu. Voilà qu’un cégep phare en matière d’enseignement du français auprès des nouveaux arrivant·es, le Cégep de Saint-Laurent, fermera bientôt toutes ses classes en francisation. En tête, résonne alors le slogan du père fondateur de la Coalition avenir Québec, François Legault, à propos des personnes immigrantes qui choisissent le Québec pour terre d’accueil : « en prendre moins, mais en prendre soin ». Les faits enseignent malheureusement que la seconde partie de cette rime n’était qu’un leurre.
Non seulement le gouvernement du Québec dirigé par la CAQ a-t-il renié sa parole, rejetant les personnes bénéficiant du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), augmentant les droits de scolarité et imposant des quotas pour décourager l’inscription des étudiantes et des étudiants internationaux, tentant de limiter l’accès au filet social pour les réfugié·es, voilà qu’il s’en prend maintenant à la francisation de celles et ceux qui souhaitent s’intégrer à la société québécoise. Pour un parti politique qui s’évertue à faire vibrer la fibre nationaliste, avouez que c’est à y perdre son latin… ou son français.
L’austérité caquiste frappe encore
Ainsi, nous avons appris, le 9 avril, que le Cégep de Saint-Laurent, qui francise les personnes immigrantes avec succès depuis deux décennies, manque désormais de locaux pour poursuivre sa mission. Cela est documenté : faute d’un budget d’entretien suffisant, des pavillons du cégep sont en si piteux état que l’un d’eux est même placardé et inaccessible, une cicatrice au cœur du campus de l’avenue Sainte-Croix. Si la situation s’avère déplorable, elle ne surprend personne. Le sous-financement chronique des infrastructures collégiales a été décrié par la Vérificatrice générale en 2024 (65 % des bâtiments des collèges sont vétustes selon les données officielles de la VG).
Ajoutons au délabrement des infrastructures le pavoisement exprimé par le titulaire du portefeuille de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), Jean-François Roberge, fier d’avoir réduit les listes d’attente en francisation, voire d’en avoir diminué la demande, puisque le Québec resserre ses politiques d’accueil.
Pendant ce temps, une demi-douzaine d’animatrices et d’animateurs en francisation spécialisé·es dans la transmission du français grâce à des activités terrain concrètes, des communicatrices et communicateurs du plaisir de la langue, se font montrer la porte d’un collège. Conséquemment, les milieux de vie que représentent les cégeps, lieux de mixité sociale, perdent leur rôle de vecteur d’intégration. Alors, comment en « prend-on soin » ? Il est erroné de prétendre que le milieu communautaire, asphyxié financièrement, surchargé (pour ne pas dire « à boutte »), dispose des ressources adéquates pour pallier la fermeture des classes en francisation.
La nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, qui a pris ses distances avec les politiques de François Legault en matière d’immigration durant la course à la direction de la CAQ, peut corriger le tir rapidement. Selon nous, elle a la possibilité de donner les moyens au Cégep de Saint-Laurent pour que la fermeture du programme de francisation soit annulée. Son gouvernement a l’occasion de travailler de concert avec le personnel dévoué au programme, à la recherche de solutions pérennes, au profit des nouvelles et des nouveaux Québécois.

